Syndicat des Cols Bleus de Laval - SCFP 4545

Une gaffe magistrale Richard Gobeil

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Le samedi 03 mai 2008
«Une gaffe magistrale»
 

Richard Gobeil
Photo François Roy, La Presse
André Cédilot
La Presse
L'administration municipale de Laval vient de se faire taper sur les doigts par le Tribunal du travail pour avoir maintenu le congédiement d'un inspecteur en environnement qui a été victime d'un coup monté de la Sûreté du Québec. En plus de le réintégrer dans son travail, la Ville est forcée de lui rembourser trois années de salaire.

Cette décision est d'autant plus réconfortante que Richard Gobeil, un père de famille qui avait un dossier sans tache depuis son embauche en 1977, a tenté de se suicider en se jetant du haut d'un pont, peu après son arrestation le 19 novembre 2004. Un col bleu qui déneigeait avec une chenillette lui a fait entendre raison. Il a souffert d'une grave dépression. «Il prend encore des médicaments», précise l'arbitre Pierre St-Arnaud dans son jugement de 53 pages.

En bref, l'affaire est la suivante: mécontent d'avoir à payer une surtaxe à cause d'une consommation d'eau excessive, un garagiste de Laval-Ouest, Niji Atallah, a tenté de donner un pot-de-vin à M. Gobeil, mais celui-ci a refusé. Sans doute pour se venger, il a fait appel à un enquêteur de la Sûreté du Québec qu'il connaît, en lui faisant croire que le fonctionnaire de la Ville de Laval lui avait réclamé de l'argent. Avec à sa tête le sergent Michel El Khoury, ami du plaignant, une équipe de policiers a tenté sans plus de succès de piéger M. Gobeil.

Malgré l'échec de l'opération, ce dernier a quand même été arrêté et inculpé d'abus de confiance. Au premier jour du procès devant jury, en juin 2007, à la suggestion pressante du juge Réjean Paul, qui avait flairé la magouille, le ministère public a retiré les charges. Qu'à cela ne tienne, les autorités municipales, estimant le lien de confiance brisé, ont refusé de reprendre M. Gobeil. Celui-ci avait été congédié au lendemain de sa comparution devant le tribunal, le 15 décembre 2006. Depuis décembre dernier, il était suspendu avec solde, à la suite d'une autre décision en arbitrage.

Dans son verdict, Me Pierre Saint-Arnaud indique que la Ville a pris toutes ces décisions sans jamais solliciter la version de M. Gobeil. Et cela, «après avoir vérifié entre 300 et 900 dossiers" de clients visités par les préposés au compteur pour les trois ou quatre années précédant le cas de M. Atallah», écrit-il. La révision de ces dossiers n'a démontré qu'une seule anomalie, que l'arbitre a vite écartée, mais que la Sûreté du Québec s'était empressée de retenir pour étayer sa preuve.

Plus ironique encore, le directeur du Service de l'environnement de la Ville a fait annuler la facture de quelque 800$ que le garagiste véreux aurait dû acquitter pour sa consommation excessive d'eau!

«En se fiant entièrement à l'enquête de la Sûreté du Québec, la Ville de Laval prenait un risque de voir disparaître les motifs du congédiement si les procédures échouaient. Les accusations criminelles ayant été retirées, le congédiement est nul», a tranché Me Saint-Arnaud, à la grande satisfaction du syndicat des cols bleus, qui se plaignait depuis le début que l'enquête interne avait été bâclée.

Dans l'esprit de l'arbitre, il est clair que M. Gobeil n'a rien à se reprocher et que la Sûreté du Québec a commis une gaffe magistrale. Il croit plutôt que c'est le garagiste Atallah qui a offert le pot-de-vin pour ne pas payer la surtaxe. «Il a ainsi commis un acte criminel», conclut Me Saint-Arnaud, qui se fait aussi très critique à l'endroit de la Sûreté du Québec.