Syndicat des Cols Bleus de Laval - SCFP 4545

Handicapés privés de transport adapté

Courrier Laval, Édition du jeudi, édition du dimanche

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Handicapés privés de transport adapté
par Nathalie Villeneuve
Article mis en ligne le 16 mars 2008 à 5:20

 
Impossible de monter le monticule de neige compactée sur le trottoir devant le 3550 boulevard Perron, à Chomedey. La situation devait être corrigée samedi. (Photo: Martin Alarie)

Pierrette Cousineau ne peut plus sortir de chez elle. La neige compactée devant son immeuble a formé un monticule de glace infranchissable pour son fauteuil roulant, ce qui la prive du service de transport adapté. Pendant qu'elle croupissait dans son logement au cours des dernières semaines, son propriétaire et la Ville se renvoyaient la balle.

Dans l'entrée de l'immeuble, situé au 3550 boulevard Perron, un écriteau indique «Stationnement interdit» et «Réservé aux handicapés». «J'ai téléphoné à la Ville, relate madame Cousineau. Ils m'ont dit que c'est au propriétaire de dégager. Le propriétaire dit que c'est à eux de le faire. Si j'étais capable, je prendrais du sel et une hache et j'irais le faire moi-même!» Cette option n'est pas possible. Atteinte de sclérose en plaques, Mme Cousineau bénéficie des soins de maintien à domicile fournis par le CLSC. Actuellement, elle compte sur sa fille pour les emplettes qu'elle ne peut plus faire elle-même.

Rendez-vous médicaux
Depuis le début de l'hiver, Pierrette Cousineau a essuyé plusieurs refus de la part de chauffeurs du transport adapté de Laval. Depuis quelques semaines, la succession de chutes de neige importantes l'ont rendue carrément prisonnière de son appartement.
«J'ai dû annuler des rendez-vous médicaux» dit Mme Cousineau, qui s'est également résignée à suspendre ses activités bénévoles à l'Association de la sclérose en plaques de Laval. Un autre résident de l'immeuble est bien placé pour comprendre la frustration de Mme Cousineau. «Il y a d'autres personnes qui ont ce genre de difficultés, affirme Éric Fortin, directeur de l'Association lavalloise pour le transport adapté. Dans cet immeuble, au moins huit personnes ont des limitations physiques.»

«Le client a l'obligation de dégager l'accès jusqu'à sa porte. C'est inscrit dans le guide de l'utilisateur», explique Denise Clément, responsable du transport adapté à la Société de transport de Laval (STL). Aucune plainte du genre n'a été enregistrée à la STL, précise Mme Clément. Mais le problème de Pierrette Cousineau va plus loin, estime Louise Audet, du Regroupement des organismes de promotion des personnes handicapées de Laval. «Dans des conditions particulières, tout le monde devrait se donner la main. Le propriétaire devrait faire un effort. Ça va au-delà du transport adapté. Ça va au niveau de l'intégration des personnes handicapées dans notre société.»

Une réflexion
«Mon entrée est déblayée jusqu'au trottoir», a maintenu le propriétaire, Marko Turudic, lors d'une entrevue téléphonique vendredi. Il dit avoir fait tous les efforts possibles pour régler le problème.

«Je ne suis pas pour commencer à déblayer le trottoir! Je paye déjà au-delà de 65 000$ de taxes!» M. Turudic, propriétaire depuis 1996, compte trois personnes se déplaçant en fauteuil roulant parmi ses locataires.

Au moment du passage de l'équipe du Courrier Laval, jeudi, une bonne couche de glace pavait la voie jusqu'à la porte vitrée du hall, sur la propriété de M. Turudic.

Ce dernier explique que le trottoir où s'est formé le monticule a toujours été déneigé dans le passé. Des arbres plantés dans une bande gazonnée entre le trottoir et la rue donnent du fil à retordre aux chenillettes, lui a-t-on expliqué lorsqu'il a lui-même téléphoné à l'hôtel de ville pour se plaindre.

«C'est sûr qu'ils ne nous ont pas facilité la tâche» a admis Martin Savard, surintendant des voies publiques et responsable de l'enlèvement de la neige. Après une visite devant l'immeuble de Mme Cousineau, M. Savard a concédé que la situation suscite des «réflexions».

Pour éliminer la neige de la dernière tempête, la municipalité a opté pour une stratégie différente: les rues résidentielles d'abord. Les trottoirs du boulevard Perron ont pu souffrir de ce choix, croit M. Savard.

«Avec ce que j'ai vu là [sur le boulevard Perron], je ne referais peut-être pas le même plan de match. Il faut faire notre mea culpa.» Le trottoir devait être dégagé «au béton» samedi.